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2. First Tuesday - Paris - 4 avril 2000

Welcome to the wonderful world of the 'jeune pousse'...

Un des principaux problèmes de tout entreprenaute en herbe c’est de trouver de gentils investisseurs acceptant de débourser des deniers sur la foi d’un simple projet (le fameux business plan). Inversement, l’investisseur potentiel est à la recherche de celui qui lui proposera l’idée ultime, celle qui lui fera gagner tout plein d’argent. Dès lors, et comme sur tout marché, le problème consiste à mettre en contact offre et demande. Plus précisément, il s’agit de se faire rencontrer investisseurs et entreprenautes. Certaines start-up se spécialisent d’ailleurs dans ce nouveau business de mise en relation des acteurs de la net économie (ainsi up-e ou businessangels.com). Mais il est un rendez-vous que créateurs d’entreprise et investisseurs ne sauraient manquer : le désormais célèbre "First Tuesday" qui anime le petit monde des start-up tous les premiers mardis du mois.

Nées fin 1998 à Londres, les rencontres du "First Tuesday" cherchent à réunir une fois par mois ceux qui ont de l’argent et ceux qui en cherchent. Rapidement, des "First Tuesday" se sont tenus dans toutes les grandes villes européennes, la première parisienne ayant eu lieu en septembre 1999. Organisées par un petit groupe de personnes travaillant dans le secteur, ces rencontres sont entièrement financées par des sponsors et l’entrée est gratuite. Au programme : nourriture, boissons et échanges de cartes de visite. A l’entrée, les participants se voient remettre un badge de couleur correspondant à leur rôle dans la net économie (jaune pour les entreprenautes, vert pour les investisseurs et rouge pour les journalistes), ce qui permet de situer rapidement ses interlocuteurs.

Si les rencontres parisiennes ne réunissaient à l’automne 1999 que quelques dizaines de personnes, la fréquentation des "First Tuesday" augmenta bientôt de manière exponentielle, faisant ainsi du cinéma l’Entrepôt, dans le XIVe, un lieu de rencontre quelque peu obsolète. Après un passage par le bar Black Bear de la rue Montmartre, lui aussi rapidement incapable d’accueillir des participants toujours plus nombreux, c’est au CNIT de la Défense qu’eut lieu la rencontre d’avril 2000.

Petite nouveauté par rapport aux précédentes éditions : l’entrée, toujours gratuite, n’est plus libre. Désormais, pour participer à l’événement, il faut avoir son invitation (pour cela il est nécessaire de s’inscrire à l’avance sur le site du First Tuesday). Par ailleurs, l’événement prenant de l’ampleur, une équipe de sécurité est chargée de couvrir la manifestation : pas question de resquiller... Bref autant de petits détails qui font perdre au "First Tuesday" parisien son caractère un peu informel des débuts. Mais telle est la rançon du succès.

Que dire, dès lors, de ce "First Tuesday" d’avril 2000 ? Arrivé sur place quelques trente minutes avant le début des hostilités, nous avons pu observer la lente arrivée des protagonistes. Assaillis dès avant leur entrée dans le bâtiment du CNIT de la Défense par de charmantes hôtesses leur proposant divers bibelots publicitaires, ils durent ensuite s’installer dans la file d’attente qui n’allait commencer à se mouvoir qu’une bonne heure après leur arrivée, et avec une lenteur telle que certains, découragés, abandonnèrent les lieux sans même avoir échangé la moindre carte de visite. Une fois dans la place, l’activité essentielle consista souvent à se rapprocher le plus possible des points stratégiques (les tables buffet) et à absorber nourriture et boissons gratuites.

Au-delà de cette première impression d’ensemble, il est possible d’observer des situations pour le moins diverses et une population plus hétéroclite qu’il n’y paraît au premier abord. Il y a certes les jeunes loups très motivés (pensez, ils ont sorti le "costard-cravate" pour attirer l’investisseur), tous le téléphone portable greffé à l’oreille, souvent une petite mallette à la main pour faire plus sérieux... Dans l’ensemble rares sont ceux qui optent pour des tenues excentriques ou tout simplement décontractées. Ils évoluent parfois en groupe et semblent élaborer de subtiles stratégies (à faire pâlir d’envie les amateurs de Chasse et Pêche) pour mieux lever l’investisseur. D’autres, visiblement moins concernés, s’occupent en lançant des regards lubriques en direction des hôtesses d’accueil. Il y a aussi ceux qui n’ont pu se procurer d’invitation, et qui, jeans, baskets et business plan de trois pages en main, essaient d’alpaguer l’investisseur avant son entrée dans l’arène. Certains tentent même d’organiser une "contre-manifestation" avec l’aide d’une pancarte et d’un marqueur. Il y a enfin ceux qui sont là un peu par hasard, parce qu’on leur a dit que des gens gagnaient plein d’argent avec la net économie. Alors ils viennent voir si on ne peut pas leur en donner aussi un peu... (du genre "j’ai un site perso et j’aimerais bien qu’on me donne de l’argent pour monter une start-up... je dois faire comment ?" Question réellement posée à l’auteur de ses lignes alors qu’il observait tout ce petit monde s’agiter fébrilement).

Bref, vu de l’extérieur, le tout semble un peu grotesque... Il reste que certains, au milieu du tumulte, s’isolent autour d’une table et tentent de convaincre des investisseurs potentiels. Il serait intéressant de savoir combien de contacts fructueux ont pu être pris à l’issu de la manifestation, chiffre malheureusement impossible à établir. Cela nous permettrait toutefois d’évaluer l’efficacité de telles rencontres qui oscille entre foire publicitaire, prétexte pour picoler et draguer et véritable lieu de rencontre pour les acteurs de la net économie.

 

 

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